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Histoire de Saint-Pierre - History

Le 15 septembre 1635, le flibustier Pierre Belain d’Esnambuc débarque dans la rade de Saint-Pierre avec 150 colons de la colonie française de Saint-Christophe et installe la première colonie permanente de la Martinique, le Fort Saint-Pierre de la Martinique, pour le compte de la couronne de France et de la Compagnie des îles d’Amérique.

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Saint-Pierre en 1902 : le "Petit Paris des Antilles"
Le premier point de colonisation des Antilles par les Français

De ce premier établissement, les premiers colons de Martinique partent à la conquête du reste de l’île. Afin d’éviter de se soumettre au joug colonisateur, les derniers autochtones de Martinique, les Caraïbes, se seraient alors suicidés en se jetant d’une falaise au nord de la ville, nommée depuis le Tombeau des Caraïbes. Il s’agit d’une interprétation erronée d’un épisode de la colonisation de Grenade par les Français, durant laquelle les Caraïbes, surpris lors d’une fête, préférèrent mourir ainsi que sous les coups des assaillants.

Durant les premières décennies de l’implantation française, l’île est productrice de denrées coloniales fournissant de forts profits : tabac, roucou, indigo, cacao. La crise du tabac de la seconde moitié du XVIIe siècle ruine les premiers planteurs qui se tournent vers la production de sucre.

Saint-Pierre est alors la capitale administrative de la Martinique puisqu’elle abrite le Palais du Gouverneur. Un hôpital est établi à Saint-Pierre en 1665. En 1671, la ville est victime d’un incendie. En 1692, le Palais du Gouverneur est transféré à Fort-Royal et Saint-Pierre perd son statut de capitale administrative, mais reste la capitale économique et le centre culturel de la Martinique jusqu’en 1902.

Une ordonnance du gouverneur, publiée en 1724, enjoint d’envoyer hiverner à Fort-Royal les navires en rade à Saint-Pierre à cause des ouragans. Saint-Pierre se dote d’une chambre de commerce et d’agriculture en 1760, qui envoie un député à Paris. Le grand ouragan de 1780 produit un raz-de-marée de 7,6 m qui inonde la ville en détruisant toutes les maisons et tue 9 000 personnes.

En 1789, les Pierrotins soutiennent le pouvoir révolutionnaire contre les békés, partisans de la royauté.

Saint-Pierre, le Petit Paris des Antilles

La ville se développe grâce à l’industrie sucrière et au commerce des esclaves. Le port de Saint-Pierre attire alors des navires et marchands du monde entier. Une riche bourgeoisie commerçante prend essor, qui se fait construire des maisons de campagne au dessus de Saint-Pierre, au Morne-Rouge, pour profiter de la fraîcheur le dimanche, et qui modernise la ville en la dotant d’équipements publics et de loisirs n’ayant rien à envier à ses modèles européens. Surnommée le Petit Paris, le Paris des Isles, la Perle des Antilles ou encore la Venise tropicale, la ville est alors le chef-lieu, mais aussi la capitale économique et culturelle de toutes les Antilles.

En 1900, Saint-Pierre, cas unique dans la région, possède un équipement particulièrement moderne : un réseau d’éclairage urbain électrique, un tramway hippomobile, une chambre de commerce, l’un des premiers asiles soignant les aliénés, un jardin botanique, un port particulièrement actif et un théâtre de 800 places construit en 1786 sur le modèle du grand théâtre de Bordeaux. Outre des spectacles divertissants que viennent voir des spectateurs aussi célèbres que Donatien-Marie-Joseph de Rochambeau ou de Ferdinand de Lesseps, ce théâtre sert également de lieu de réunions publiques, mais déficitaire, il est fermé en 1901.

La catastrophe de 1902

Début avril 1902, des fumerolles apparaissent au sommet de la Montagne Pelée, suivies d’une pluie de cendres et des grondements souterrains le 23 avril et d’un grand nuage de roches et de cendres qui s’échappe du sommet le 25 avril. Le 27 avril, jour du premier tour de l’élection législative, une forte odeur de souffre envahit Saint-Pierre. Le 2 mai, la montagne produit de fortes détonations, des tremblements de terre, et un panache noir de fumée s’élève qui masque le soleil.

Bien que les événements soient inquiétants, l’administration souhaite que le second tour de l’élection législative se déroule normalement et les personnalités de la ville se partagent alors en partisans et adversaires de l’évacuation de la ville selon leurs opinions politiques. Les chutes de cendres s’intensifient le 4 mai et les routes vers le nord sont coupées à cause des ravines en crue, ce qui créé un début d’affolement de la population et les premiers départs.

Le 5 mai, les rues de Saint-Pierre sont envahies de serpents fer-de-lance chassés des hauteurs par les cendres brûlantes et dont la morsure mortelle tue 50 personnes et plus de 200 animaux, alors qu’à l’embouchure de la rivière Blanche, l’usine sucrière Guérin est envahie pour les mêmes raisons par des myriades de fourmis et de scolopendres venimeux, avant d’être ensevelie sous plus de 6 m de boue brûlante, faisant 25 victimes.

Au même moment, la mer se retire de 100 m et provoque un tsunami qui envahit le bas de Saint-Pierre. Des dizaines d’habitants ont déjà quitté Saint-Pierre et certaines voix recommandent une évacuation totale de la ville, mais en raison de la proximité du second tour des élections législatives partielles du dimanche 11 mai qu’il est trop compliqué de reporter, aucune mesure d’évacuation n’est mise en place par les autorités et les notables, tels le maire Rodolphe Fouché, le gouverneur Mouttet, le directeur du principal journal Les Colonies Marius Hurard ou le gros usinier Eugène Guérin qui minimisent le danger.

Le jeudi 8 mai, jour de l’Ascension, à 7 h 52, une nuée ardente dévale le volcan vers Saint-Pierre à la vitesse de 670 km/h. Cette masse gazeuse et solide de plus de 1 000° C rase en quelques minutes toute la ville en tuant 26 000 personnes et en détruisant 40 navires dans la rade.

Un prisonnier, Cyparis, protégé par les murs épais de sa cellule, put survivre à la catastrophe. Le cordonnier Léon Compère-Léandre aurait également survécu, protégé, lui aussi, par des murs épais. Une seconde éruption, plus violente que la première, a lieu le 20 mai et finit de dévaster la ville.

Histoire étonnante, le Belem, arrivant de France le 7 mai au soir, trouva son coffre occupé par un autre bateau et dut mouiller dans une autre baie de l’Ile, ce qui sauvera le navire et l’équipage. En 2002, le Belem est revenu sur place pour commémorer le centenaire de l’éruption.

Une ville pillée et rayée de la carte

Aux lendemains de la destruction de Saint-Pierre par la montagne Pelée, des gens venus des îles d’à côté et des communes voisines organisent un pillage systématique de la ville, sous le prétexte de retrouver leur famille. Un pillage officiel est ensuite organisé par l’État français, qui se dépêche de récupérer l’or et les numéraires des banques de Saint-Pierre.

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002 histoire Saint Pierre

On September 15, 1635, the filibuster Pierre Belain d’Esnambuc landed in the harbor of Saint-Pierre with 150 colonists from the French colony of Saint-Christophe and established the first permanent colony of Martinique, Fort Saint-Pierre in Martinique, on behalf of the Crown of France and the Company of the American Islands.

The first point of colonization of the Antilles by the French

From this first settlement, the first settlers of Martinique set out to conquer the rest of the island. In order to avoid submitting to the colonizing yoke, the last natives of Martinique, the Caribbean, would then have committed suicide by throwing themselves off a cliff north of the city, named after the Tomb of the Caribbean. This is a misinterpretation of an episode in the colonization of Grenada by the French, during which the Caribbean, surprised at a party, preferred to die as well as under the blows of the attackers.
During the first decades of French settlement, the island was a producer of colonial foodstuffs providing high profits : tobacco, roucou, indigo, cocoa. The tobacco crisis of the second half of the 17th century ruined the first planters who turned to sugar production.
Saint-Pierre was then the administrative capital of Martinique as it housed the Governor’s Palace. A hospital was established in Saint-Pierre in 1665. In 1671, the town was damaged by fire. In 1692, the Governor’s Palace was transferred to Fort-Royal and Saint-Pierre lost its status as administrative capital, but remained the economic capital and cultural center of Martinique until 1902.
A governor’s ordinance, published in 1724, ordered that ships stranded at Saint-Pierre be sent to winter at Fort-Royal because of the hurricanes. Saint-Pierre set up a chamber of commerce and agriculture in 1760, which sent a deputy to Paris. The great hurricane of 1780 produced a tidal wave of 7.6 m which inundated the city, destroying all the houses and killing 9,000 people.
In 1789, the Pierrotins supported the revolutionary power against the békés, partisans of royalty.

Saint-Pierre, the Little Paris of the Antilles

The city grew thanks to the sugar industry and the slave trade. The port of Saint-Pierre then attracts ships and merchants from all over the world. A rich merchant bourgeoisie took off, which had country houses built above Saint-Pierre, in Morne-Rouge, to take advantage of the freshness on Sundays, and which modernized the city by providing it with public and leisure facilities. having nothing to envy to its European models. Nicknamed the Little Paris, the Paris of the Isles, the Pearl of the Antilles or even tropical Venice, the city was then the capital, but also the economic and cultural capital of all the Antilles.
In 1900, Saint-Pierre, a unique case in the region, had particularly modern equipment : an electric urban lighting network, a horse-drawn tram, a chamber of commerce, one of the first asylums for the insane, a botanical garden, a particularly active port and an 800-seat theater built in 1786 on the model of the Grand Théâtre de Bordeaux. In addition to entertaining shows that come to see spectators as famous as Donatien-Marie-Joseph de Rochambeau or Ferdinand de Lesseps, this theater also serves as a place for public meetings, but in deficit, it was closed in 1901.

The disaster of 1902

At the beginning of April 1902, fumaroles appeared at the top of Mount Pelée, followed by a rain of ash and underground rumbling on April 23 and a large cloud of rocks and ash which escaped from the summit on April 25. On April 27, the day of the first round of the legislative election, a strong smell of sulfur invaded Saint-Pierre. On May 2, the mountain produces loud bangs, earthquakes, and a black plume of smoke rises that obscures the sun.
Although the events are worrying, the administration wants the second round of the legislative election to proceed normally, and the city’s personalities then divide themselves into supporters and opponents of the evacuation of the city according to their political opinions. The ash fall intensified on May 4 and the roads to the north were cut off by the flooding gullies, which created a start of panic among the population and the first departures.
On May 5, the streets of Saint-Pierre were invaded by fer-de-lance snakes driven from the heights by the burning ashes and whose fatal bite killed 50 people and more than 200 animals, while at the mouth of the river White, the Guérin sugar factory was invaded for the same reasons by myriads of ants and poisonous centipedes, before being buried under more than 6 m of burning mud, killing 25 people.
At the same time, the sea retreated 100 m and caused a tsunami which invaded the lower part of Saint-Pierre. Dozens of residents have already left Saint-Pierre and some voices recommend a total evacuation of the city, but due to the proximity of the second round of the partial legislative elections on Sunday 11 May which it is too complicated to postpone, no measure evacuation is not put in place by the authorities and notables, such as the mayor Rodolphe Fouché, the governor Mouttet, the director of the main newspaper Les Colonies Marius Hurard or the big factory owner Eugène Guérin who minimize the danger.

A city looted and wiped off the map

On Thursday May 8, Ascension Day, at 7:52 a.m., a fiery cloud descended the volcano towards Saint-Pierre at a speed of 670 km / h. This gaseous and solid mass of more than 1,000 ° C razes the entire city in a few minutes, killing 26,000 people and destroying 40 ships in the harbor.
A prisoner, Cyparis, protected by the thick walls of his cell, was able to survive the disaster. The shoemaker Léon Compère-Léandre would also have survived, also protected by thick walls. A second eruption, more violent than the first, took place on May 20 and finished devastating the city.
Astonishing story, the Belem, arriving from France on the evening of May 7, found her trunk occupied by another boat and had to anchor in another bay of the island, which saved the ship and the crew. In 2002, Belem returned to commemorate the centenary of the eruption.
In the aftermath of the destruction of Saint-Pierre by Mount Pelée, people from the neighboring islands and neighboring towns organized a systematic looting of the town, under the pretext of reuniting with their families. An official looting is then organized by the French state, which hurries to recover the gold and cash from the banks of Saint-Pierre.